Le marché locatif français est en pleine mutation, et les propriétaires bailleurs sont confrontés à un dilemme de taille. Face à des réglementations environnementales de plus en plus strictes et des coûts de rénovation énergétique exorbitants, beaucoup choisissent de jeter l’éponge. Une tendance inquiétante qui menace de tarir l’offre de logements locatifs, déjà sous tension. Comment en est-on arrivé là et quelles sont les perspectives pour les bailleurs ?
En bref : Le cri d’alarme du marché locatif
- 📉 25% de propriétaires bailleurs en moins chez Foncia en 2024, soit 10 000 biens retirés du marché.
- 💰 Des travaux de rénovation énergétique coûtant jusqu’à 30 000€ pour un simple studio, jugés insurmontables.
- 🗓️ Interdiction de louer les logements DPE G dès le 1er janvier 2025, puis F en 2028 et E en 2034.
- 🏡 La crise touche majoritairement les particuliers qui ont investi pour leur retraite.
- ⚖️ Les copropriétés sont un frein majeur, les décisions collectives ralentissant ou bloquant les travaux nécessaires.
- 💡 Des recours sont possibles en cas de blocage en copropriété, mais nécessitent un dossier solide.
DPE G : Quand la rénovation devient un fardeau insurmontable pour les propriétaires
Le marché locatif français traverse une tempête sans précédent. Alors que la demande ne cesse de gonfler, l’offre se contracte de manière alarmante. Foncia, un acteur majeur de la gestion locative, tire la sonnette d’alarme : le groupe a vu disparaître 25% de ses propriétaires bailleurs en 2024, soit l’équivalent de 10 000 logements retirés du circuit locatif par rapport à l’année précédente. Une hémorragie qui s’explique principalement par les nouvelles réglementations environnementales, imposant des travaux de rénovation énergétique dont le coût est souvent perçu comme prohibitif.
Imaginez devoir investir des dizaines de milliers d’euros dans un bien qui peine déjà à dégager une rentabilité satisfaisante. C’est la dure réalité pour de nombreux propriétaires confrontés à un Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) classé G, synonyme de « passoire thermique ». Loin d’être une simple formalité, cette classification déclenche des obligations de travaux qui poussent bon nombre d’entre eux à l’abandon pur et simple de leur activité de bailleur.

La fuite silencieuse : Des propriétaires bailleurs « Monsieur et Madame Tout-le-Monde » jettent l’éponge
L’inquiétude est palpable chez les professionnels. Jordan Frarier, président de Foncia Transaction, le confiait récemment : cette désaffection massive n’est pas le fait de grands investisseurs, mais bien de particuliers ordinaires, « monsieur et madame Tout-le-monde ». Ces propriétaires, qui avaient souvent misé sur l’immobilier pour se garantir un complément de retraite, se retrouvent aujourd’hui pris au piège par des exigences financières insurmontables.
Le cas de Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine, est éloquent. Zahir Keenoo, directeur de Foncia ADB, y constate une pénurie de logements vacants ahurissante. Alors que l’agence comptait jadis près de 400 lots disponibles, elle n’en dénombre aujourd’hui qu’une dizaine, parkings inclus. Cette raréfaction intervient à un moment où la demande explose, dopée par l’augmentation des séparations de couples et l’arrivée massive sur le marché locatif des étudiants issus du pic de natalité des années 2000. La situation s’est tout simplement inversée : de multiples offres à un marché où l’on se bat pour trouver un toit.
Loi Climat et Résilience : Le coup de massue qui effraie les bailleurs
Si plusieurs contraintes pèsent déjà sur les épaules des propriétaires (encadrement des loyers, hausse de la taxe foncière, fin du dispositif Pinel), la loi Climat et résilience de 2021 est sans conteste le facteur déterminant de cette débandade. Elle instaure un calendrier d’interdiction de mise en location des logements les plus énergivores, plaçant de nombreux bailleurs au pied du mur.
Le couperet tombe progressivement, laissant peu de marge de manœuvre. À compter du 1er janvier 2025, les logements classés G sur le DPE seront purement et simplement interdits à la location. Suivront les biens classés F en 2028, puis ceux notés E en 2034. Les contrats en cours bénéficient d’un sursis jusqu’à leur renouvellement, mais c’est bien à ce moment-là que le locataire pourra exiger des travaux ou une révision à la baisse du loyer. Une tentative d’assouplissement pour les copropriétés a malheureusement été rejetée en début d’année 2026 par l’Assemblée nationale, maintenant ainsi une pression constante sur les propriétaires.
L’équation économique impossible : 30 000€ pour un studio, le calcul est vite fait
Le coût des travaux de rénovation énergétique est souvent le point de non-retour pour les propriétaires. Pour faire passer un logement de la classe G à la classe F, il faut compter un minimum de 500 euros par mètre carré. Cela représente une enveloppe d’environ 30 000 euros pour un studio de 30 m², une somme colossale pour beaucoup, surtout quand la rentabilité de l’investissement est déjà grignotée par d’autres charges.
Sans solutions de financement réellement adaptées pour les propriétaires bailleurs, certains se voient contraints de recourir à des prêts à la consommation aux taux exorbitants. Imaginez des taux allant de 15 à 20%, un fardeau qui achève de rendre l’investissement locatif non viable. Dans ce contexte, la vente du bien apparaît comme la solution la plus rationnelle pour éviter de s’enfoncer davantage.
Le tableau ci-dessous illustre l’impact des interdictions de louer en fonction du DPE :
| Classe DPE 🏠 | Année d’interdiction de location 📆 | Coût moyen estimé pour un studio (30m²) 💰 | Commentaire 💬 |
|---|---|---|---|
| G | 1er janvier 2025 | ~30 000€ | Concerne les passoires thermiques les plus énergivores. |
| F | 1er janvier 2028 | Variable, souvent >20 000€ | Prochaine échéance majeure pour de nombreux biens. |
| E | 1er janvier 2034 | Variable, souvent >10 000€ | Pression croissante sur des biens moins critiques mais nécessitant des améliorations. |
Copropriété : Le casse-tête des travaux collectifs et les recours possibles
En maison individuelle, le propriétaire a les cartes en main. Il peut décider seul de l’isolation, des fenêtres ou du chauffage. Mais en copropriété, la donne est bien différente et complique considérablement la tâche. Si les travaux nécessaires concernent les parties communes – façade, toiture, planchers, ventilation collective, chauffage commun – la décision ne lui appartient plus. Elle dépend du règlement de copropriété, de l’assemblée générale (AG) et, parfois, des autorisations d’urbanisme.
C’est ici que le bât blesse pour de nombreux bailleurs. Un appartement peut rester classé G non pas par mauvaise volonté du propriétaire, mais parce que la copropriété refuse, retarde, ou ne met pas à l’ordre du jour les résolutions nécessaires. Dans ce cas, le bailleur reste tenu de délivrer un logement décent, mais se trouve bloqué, avec un bien vacant et des pertes de loyers. Que faire alors ? Un dossier solide peut être monté contre le syndicat des copropriétaires ou le syndic en cas de blocage avéré.
Préparer son dossier : La stratégie face aux blocages et la perte de loyers
Lorsque les travaux dépendent de la copropriété et que celle-ci fait obstacle, le bailleur peut se retrouver dans une situation délicate. Toutefois, il peut construire un dossier pour prouver un préjudice. Il doit démontrer l’origine commune du problème (un toit non isolé par exemple), les dommages personnels subis (vacance locative, baisse de valeur) et le lien de causalité entre le refus de la copropriété et sa perte.
Évitez de croire qu’un simple DPE G suffit à condamner la copropriété. Le tribunal examine en détail chaque pièce du dossier, la chronologie des événements et la part exacte des parties communes dans le problème énergétique. Voici quelques éléments indispensables pour constituer un dossier solide :
- 📝 Le DPE individuel de votre lot et, si possible, le DPE collectif.
- 🛠️ Le Diagnostic Technique Global (DTG) ou le plan pluriannuel de travaux.
- 📊 Des devis de travaux collectifs et un rapport expliquant pourquoi des travaux privatifs sont insuffisants.
- 📄 Le procès-verbal de l’assemblée générale refusant ou reportant les travaux.
- 🧾 Des preuves de vacance locative et une estimation du loyer perdu, compatible avec le marché.
Face à un bien classé G, il est fortement déconseillé de signer un nouveau bail en attendant un hypothétique assouplissement législatif. Une annonce politique ou une proposition de loi en discussion ne constituent pas une règle applicable au jour de la signature, et le risque de contestation par le locataire reste élevé. Il est crucial d’anticiper le calendrier légal pour éviter toute mauvaise surprise. À Paris et en Île-de-France, la situation est d’autant plus complexe, avec des immeubles anciens, des façades protégées et un encadrement des loyers qui ajoutent à la pression.
Qu’est-ce qui rend un logement DPE G non décent en 2025 ?
À partir du 1er janvier 2025, un logement classé G sur le DPE sera considéré comme non décent en métropole. Cela signifie qu’il ne pourra plus être loué si un nouveau bail est signé, renouvelé ou reconduit tacitement, sauf si des travaux sont réalisés pour améliorer sa performance énergétique.
Quels sont les recours si la copropriété refuse les travaux nécessaires ?
Si la mauvaise performance énergétique de votre logement classé G provient des parties communes et que l’assemblée générale des copropriétaires refuse ou retarde les travaux, vous pouvez engager un recours. Il faudra prouver l’origine commune du problème, le préjudice subi (perte de loyers, valeur du bien) et le lien de causalité avec le blocage de la copropriété.
Comment calculer la perte de loyers en cas d’impossibilité de louer un DPE G ?
La perte de loyers doit être chiffrée avec précision. Elle correspond au loyer qui aurait pu être pratiqué (en tenant compte de l’encadrement des loyers si applicable) moins les charges non récupérées. Il faut déduire les périodes non imputables à la copropriété (délai de relocation normal, travaux privatifs). Des preuves concrètes (annonces, candidatures refusées, estimations) sont essentielles.
Des solutions simples existent-elles pour améliorer légèrement le DPE sans gros travaux ?
Bien que des travaux lourds soient souvent nécessaires pour changer de classe DPE, des aménagements simples peuvent aider à gagner quelques points. Pensez à l’installation de rideaux thermiques épais, au renforcement des joints d’étanchéité des fenêtres, à l’utilisation d’un thermostat connecté pour une gestion précise du chauffage, ou encore à une meilleure isolation des combles perdus si c’est pertinent pour votre logement.
